Le biodégradable, une idée à la mode

Oat Shoes, des baskets biodégradablesDepuis quelques années, le biodégradable semble devenir une idée à la mode. De grandes marques s’y mettent, des sociétés se créent pour commercialiser du biodégradable. Sans doucher les enthousiastes, analysons le phénomène.

Pour les grandes marques, le biodégradable concerne avant tout une ligne et une seule ligne de produits. Elle est généralement limitée dans le nombre d’articles qu’elle propose, comme c’est le cas avec la collection InCycle de Puma qui en comptera 22, dont des baskets. Cette initiative s’ajoute à d’autres (effort porté sur l’emballage de ses produits, bilan environnemental du groupe, etc), et renforce ainsi concrètement son image « green ».

Quant à Nike, sa nouvelle chaussure de foot, la GS, elle est fabriquée en bonne partie avec des matériaux recyclés. C’est le cas des lacets, de la doublure et de la languette de la chaussure avec un minimum de 70% de matériaux recyclés. Nike s’était déjà distingué en la matière avec des T-shirts en PET recyclé.

D’autres se livrent surtout à des opérations de marketing, comme Timberland. La très traditionnelle Yellow Boot se voit ainsi amputée d’un peu de son cuir au profit d’un tissus fantaisie et d’une semelle « naturelle » fabriquée avec du lait d’hévéa. Ce ravalement de façade, réalisé par la très médiatique Nadège Winter concerne 1600 paires. Bref, une goutte de biodégradable dans un océan de non-biodégradable.

Quant à la marque One Moment, elle crée, en s’inspirant des indiens d’Amazonie qui s’enduisent la plante des pieds de latex, une chaussure colorée entièrement biodégradable. Ou plutôt une sorte de chaussette basse. Dans sa communication, la marque précise même sa charte de fabrication qui semble traduire un réel soucis pour limiter l’impact environnemental de son produit. Quant à l’esthétique, je vous laisse juge…

D’autres marques participent de cet élan vert. Et c’est tant mieux.  OAT  Shoes va plus loin encore. Sa chaussure, enfouie sous terre est biodégradée en 6 mois. Elle donnera même de jolies fleurs, puisque la languette de la chaussure contient des graines !

Tout cela est fort bien, mais… qui rapportera sa Puma biodégradable au magasin afin qu’elle entre dans le cycle de recyclage prévu par la marque ? Que devient la GS de Nike une fois mise au rebut ? Timberland généralisera-elle l’utilisation du lait d’hévéa pour ses semelles ? Qui donc enterrera sa chaussure « amazonienne » dans son jardin ou sa jardinière ?

Si Oat shoes, société hollandaise, songe à des solutions de compostage à grande échelle, les autres ne disent rien ou pas grand chose quant à la filière de recyclage. La difficulté est là : concevoir des produits biodégradables est louable et nécessaire, mais s’ils terminent dans les incinérateurs à ordures, cela n’est pas idéal même si la chaleur ainsi produite sert à un chauffage à distance.

Concluons ce bref aperçu de ce qui s’apparente encore beaucoup à des stratégies de marketing envers les sensibilités écolo-bobo des occidentaux, à un arbre qui cache la forêt des déchets toxiques et des procédés de fabrication peu écologique, que la tendance reste porteuse d’espoir.

Goutte après goutte, le biodégradable, l’idée à la mode du moment et qui flirte pour l’instant surtout avec le « Green washing », se transformera peut-être en flaque, en petit lac, puis en un océan de pratiques de production écologique. Après tout, il y a des modes qui durent et dont l’origine était la nécessité, comme celle de la robustesse, ce qui a fait la renommée du célèbre pantalon en toile de Gênes…

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *