L’avenir du pétrole selon Standard & Poor

Le secteur pétrolier sous la loupe de Standard & Poor et Carbon Tracker

avenir du pétrole selon Standard & Poor

Le pétrole, bientôt un secteur économique du passé ?

Un récent rapport de l’agence de notation Standard & Poor et de l’ONG Carbon Tracker pointe une possible crise du crédit pour les compagnies pétrolières à l’horizon 2020.

Les raisons de cette possible crise ou difficulté concernant la solvabilité et les capacités d’emprunt des compagnies pétrolières reposent essentiellement sur deux critères d’analyse dans le rapport intitulé « What A Carbon-Constrained Future Could Mean For Oil Companies’ Creditworthiness » :

  1. Les régulations actuelles pour diminuer les émissions de gaz à effet de serre sont encore un patchwork de mesures régionales ou nationales. Cela pourrait changer dans les prochaines années, notamment sous la pression de la Commission sur le changement climatique de l’ONU dont les objectifs en la matière sont clairs : limiter le réchauffement climatique à +2 °Celsius et donc réduire les émissions de gaz à effet de serre en fonction de cet objectif.
    D’autre part, une étude montre que les gouvernements de 32 des 33 grandes économies ont pris, sous une forme ou une autre, des mesures de réduction de gaz à effet de serre.
    Tout indique, selon ce rapport, qu’un probable accord international finira par être conclu en ce sens et qu’il impactera à son tour à la baisse la demande en pétrole et donc l’activité des compagnies pétrolières.
    Dans le même contexte, l’Agence internationale de l’Energie affirme que sans un développement massif de captage de CO2 à la source, plus de 2/3 des réserves prouvées d’énergies fossiles ne pourraient être exploitées dans le cadre d’une limitation de l’augmentation des températures à 2 °Celsius .
  2. Au vu de l’évolution du contexte réglementaire en matière d’émission de gaz à effet de serre, Standard et Poor estime que les modèles financiers s’appuyant sur les performances et la solvabilité  passées pourraient se révéler insuffisants pour guider les investisseurs et les aider à prendre en compte les effets sur le secteur pétrolier des mesures prises pour limiter les émissions de gaz à effet de serre.

Un modèle économique qui intègre enfin les coûts liés au changement climatique et à la dégradation de l’environnement

Le secteur pétrolier sous la loupe de Standard&Poor et Carbon Tracker

A l’horizon 2020, le secteur pétrolier intéressera-t-il encore vraiment les investisseurs ?

Même si le prix du baril de pétrole continue oscille depuis plusieurs années autour de 110 $, la prise en compte dans le modèle utilisé pour élaborer le rapport montre que l’effet des mesures à venir sur les émissions de gaz à effet de serre pourrait réduire de manière significative la demande en pétrole et faire baisser les prix en conséquence . De manière mécanique cela diminuerait le cashflow des compagnies pétrolières.

Dans un modèle intégrant ces données du futur, S&P montre ainsi trois entreprises canadiennes axées sur les projets de sables bitumineux – Canadian Oil Sands Ltd, Canadian Natural Resources Ltd, et Cenovus Energy, pourraient avoir des difficultés à refinancer leurs dettes à leurs échéances, c’est-à-dire autour de 2020.

Ce même modèle indique que dans le nouveau contexte, les prix du pétrole pourrait diminuer en fonction de la diminution de la demande. Or, une grande partie des ressources aujourd’hui exploitées étaient encore il y a quelques années qualifiées de non-conventionnelles, c’est-à-dire difficile à exploiter et donc engendrant un surcoût. A terme, ce type d’exploitation et en premier lieu les schistes bitumeux pourraient se révéler beaucoup moins rentables que prévus, voire pas rentables du tout !

Si l’étude indique que l’impact le plus important concernerait en premier lieu les petites compagnie pétrolière, au-delà de 2020, les grandes compagnies pétrolière, BP et Shell en tête, pourraient être impactées dans leur capacité de financement et de développement .

Un changement de mentalité qui pourrait changer bien d’autres choses

Au-delà de l’intérêt du rapport de S&P et Carbon Tracker, ce qui est intéressant ici est de noter un changement radical de point de vue d’une des instituions les plus respectées du capitalisme . Jusqu’à maintenant, les coûts liés à l’environnement étaient largement négligés dans les évaluations de la santé financière des entreprises.

Ce rapport est une brèche importante, car il traduit un changement de mentalité. Face à la pression exercée de tous côtés par le changement climatique et les questions environnementales, une institution aussi prestigieuse que S&P est en train d’intégrer ces coûts afin de mieux conseiller les investisseurs.

Ces derniers, en retour, pourraient bien prendre de plus en plus en compte les facteurs climatiques et environnementaux dans leur décision d’investissement et donc se tourner préférentiellement vers les entreprises réellement responsables dans ce domaine, car jugées comme plus rentables sur le long terme.

Un rapport qui pourrait faire tâche d’huile

Vicki Bakhshi, directeur associé chez F & C Investments affirme dans le même esprit que “ce rapport démontre clairement l’intérêt d’intégrer  les coûts environnementaux, sociaux et de gouvernance dans l’analyse du crédit» avant d’ajouter que chez “A F & C, nous croyons que des facteurs tels que le changement climatique et la réglementation environnementale peuvent avoir un impact sur la performance des entreprises dans lesquelles nous investissons. Le rapport de S & P est le bienvenu pour nous aider à identifier où les risques se situent dans le secteur mondial du pétrole, et de s’assurer qu’ils sont intégrés dans notre analyse des investissements. ”

Il semble donc bien que même dans certaines institutions aussi « sérieuses » sur le plan économique que S&P, on ait enfin compris que l’environnement et le changement climatique ne peuvent plus être considérés comme des externalités. Cela commence avec le secteur le plus évident : le pétrole, mais laisse entendre que ce qui est valable pour ce secteur le deviendra aussi progressivement pour tous les autres. Quoiqu’il en soit, l’avenir sur pétrole selon Standard & Poor est de moins en moins rose.

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